Ça ne se fera pas sans toi
Vous a-t-on déjà oublié·e ? Qu’avez-vous ressenti ? Avez-vous déjà vu quelqu’un·e perdre la mémoire ? Si vous étiez sur le point de disparaître, que voudriez-vous que les autres sauvent de votre histoire ? Êtes-vous déjà parvenu·e à renverser des silences autour de vous ? Vous êtes-vous déjà senti·e prisonnier·ère d’un passé qui se répète contre votre volonté ? D’après vous, que choisissons-nous de laisser glisser parfois ? Cette Biennale voudrait être une réponse vivante et ardente à ces questions, pour ne pas laisser s’effacer ces histoires, ces personnes, ces langues et ces cultures qui pourtant nous constituent.
À la différence du souvenir qui vous replonge dans le passé, dans un état, l’oubli s’inscrit dans le présent comme un acte, un pouvoir actif. Et c’est bien le temps présent, l’ici et le maintenant, qui nous intéresse au Théâtre La Cité. Dans le contexte français et mondial actuel, nous pensons qu’il est nécessaire d’approcher cette notion. Oublier est le mouvement naturel du temps mais aussi la grande menace qui pèse sur nos sociétés de vitesse et de bruit. Au milieu de la profusion de discours qui ne cessent d’exprimer et nous laissent pourtant sans paroles, le théâtre nous fournit de nouveaux récits pour donner corps à l’oublié. Il permet de nous le représenter, de réinventer avec lui. C’est d’autant plus urgent de le faire que nous avons une responsabilité envers les plus jeunes. La Biennale voudrait justement être une des possibles agoras de ces générations à venir.
À travers cette huitième édition de la Biennale des écritures du réel, nous vous invitons donc à venir puiser dans l’immense réserve de nos mondes oubliés : ceux que l’on a descendus dans la pièce du bas par besoin de rédemption ou de sécurité, par nécessité d’avancer ou de vivre ; mais ceux aussi pourtant bien vivants et depuis lesquels d’autres systèmes se sont bricolés. Ces mondes retrouvés nous préserveront des écueils d’une mémoire empêchée et des abus d’une autre manipulée. Nous vous invitons à nous rejoindre pour chercher, repliées dans nos petites et plus grandes histoires, les révolutions d’hier. Elles dorment, invisibles et silencieuses, attendant que l’on se remémore pour resurgir et transmettre enfin, le souffle d’un autre jour. Cette Biennale est un appel à faire de nos oublis non pas une résignation, mais le point de départ d’une tentative commune.
Entrer dans la Biennale, c’est regarder le monde à travers un kaléidoscope et transformer, peut-être, ses propres paysages. Cela tient d’abord à l’entrelacs fécond des voix d’artistes, de chercheur·euses, d’auteur·ices, de jeunes et moins jeunes. Leur démarche se questionne sur leur lieu d’énonciation, part souvent de l’élan d’une rencontre et de l’exigence qu’engage une relation. Ils et elles cherchent à nous faire éprouver ces mondes autres tout autant qu’à les analyser et documenter. À partir de nos manques et nos pertes, tous et toutes tissent de nouveaux liens entre celles et ceux que l’on croyait séparé·es pour reconnaître dans la parole de l’autre, une part de soi. Écrire le réel, c’est redonner chair aux absent·es, mémoire aux effacé·es, par les mots, la scène et la poésie.
C’est aussi parce que cette programmation tracera de nombreuses géographies de l’oubli – traversant l’Algérie, l’Arménie, le Sénégal, le Cameroun, le Liban, le Rwanda et d’autres pays encore – que pourront s’enrichir mutuellement les différentes diasporas qui habitent Marseille. Pour ces deux raisons, ces écritures ouvrent au pluriel, se situent à la croisée d’un langage scientifique et d’un autre plus poétique, et font de la Biennale un « bastion du divers et du multiple », comme le pensait Édouard Glissant.
Alors merci à toutes celles et ceux qui ont composé avec nous cette édition pour en faire une grande fête ! Merci aux troupes du Théâtre La Cité dont les énergies nous portent ! Merci à tous nos partenaires culturels et socio-éducatifs sans qui la réalisation de cette édition aurait été impossible ! Merci au soutien complice de notre équipe de bénévoles ! Cette Biennale est portée par l’enthousiasme et la fougue d’une équipe, désireuse d’écrire avec vous, tous et toutes, la prochaine page au Théâtre La Cité. Dans un théâtre, dans la rue, dans un hôpital ou un centre social, dans une chapelle, une cour d’école ou une bibliothèque, nous vous attendons !
En avant ! L’oubli se renverse en présence ! Ça ne se fera pas sans toi
Magda Bacha
directrice adjointe,
avec toute l’équipe du Théâtre La Cité